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  • Marie-Pierre Degoulet Finck

Bas les masques

Dernière mise à jour : 7 avr.



Le gouvernement a annoncé la levée du pass vaccinal au 14 mars : restons à l’écoute de nos enfants.


Nous ne pouvons qu’être soulagés de cette annonce qui promet un retour à une vie « normale », une vie sans masque dans laquelle nous pourrons pleinement respirer, à pleins poumons l’oxygène qui nous entoure, aller et venir à notre guise sans contraintes, embrasser nos proches et retrouver une vie « avec contact ». Mais pourrons-nous vraiment respirer si pleinement, sans crainte ? Ces deux années nous ont impactés si fortement dans notre cœur et dans notre chair qu’il est encore difficile de se projeter dans cette vie d’après. La perte d’un membre de la famille, un ami, un voisin mais aussi la perte de la santé ou sa détérioration, la perte d’un travail : nous avons tous perdus nos repères et avons été confrontés à nos plus grandes peurs. Du jour au lendemain, notre quotidien a été bouleversé, il a fallu changer nos règles de vie, trouver un autre rythme. Nous avons remis en cause nos priorités, ce qui à mon avis s’est révélé positif : seules les crises génèrent des remises en question et nous permettent d’avancer. L’être humain est ainsi fait, il ne progresse que face à une difficulté, à un accident de parcours, une maladie, une perte.


La crise sanitaire a cependant entraîné une dégradation de l’état de santé mentale et psychologique d'une partie de la population française, et en particulier des enfants et des adolescents. Nous pouvons également inclure les jeunes adultes, notamment les étudiants, ou ceux qui sont restés en suspens entre la fin de leurs études et un premier emploi.


Selon Sylvie Tordjman, professeur de pédopsychiatrie, cheffe du pôle de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'Université de Rennes 1, les hospitalisations des moins de 15 ans pour motif psychiatrique sont en hausse de 80%. Depuis le 31 octobre 2020, les crises suicidaires chez les jeunes ont été multipliées par deux fois et demi (article francetvinfo.fr). C’est dire à quel point nos enfants et adolescents sont touchés de plein fouet !


Cette situation est très préoccupante car elle dénote un mal-être profond qui laissera assurément des traces indélébiles tout au long de leur vie. C’est la raison pour laquelle nous avons le devoir en tant que parent d’être à l’écoute de tout signe ou symptôme qui pourrait alerter d’une façon ou d’une autre d’un problème psychique et plus précisément dans l’éventualité que ce Covid-19 génère un trouble de stress post-traumatique.


Trouble de stress post-traumatique : qu’est-ce que c’est ?


C’est un trouble psychiatrique qui survient après un événement traumatisant. Quatre classes principales de symptômes sont définies. La première est le fait de revivre sans cesse la scène traumatique en pensée ou en cauchemars : ce sont les symptômes de reviviscence. La deuxième regroupe les symptômes d’évitement : la personne évite volontairement ou pas toute pensée, conversation, lieu, situation ou personne susceptible de lui rappeler la situation traumatique. La troisième classe fait état de symptômes d’hypervigilance, la sensation d’être en permanence sur le qui-vive et enfin les symptômes d’altération de l’humeur et de l’activité cognitive (peur, colère, désintérêt pour les activités habituelles ou pour les proches, auto-blâmes, culpabilité, honte…).


D’une manière générale, des symptômes anxieux se révèlent comme la résurgence de phobies, d’obsessions, de troubles hypochondriaques, d’attaques de panique (article Psycom). Ces troubles entraînent une souffrance significative de la personne et risquent d’altérer considérablement sa vie personnelle, sociale et professionnelle. Il n’est pas rare de voir apparaître un syndrome dépressif (tristesse de l’humeur, ralentissement psychomoteur, perte d’intérêt, insomnie, perte d’appétit…), des idées suicidaires, des conduites addictives, alcooliques ou autres (Troubles du stress post-traumatique ⋅ Inserm).


Lorsqu’on nous a décompté jour après jour le nombre de décès, faisant planer au-dessus de nos têtes la menace de mort ; lorsqu’on nous a martelé jour après jour que le masque et la distanciation étaient obligatoires sans quoi nous étions responsables de la contamination voire du décès de nos proches, des plus fragiles ; lorsqu’on nous a appris à nous méfier de tout le monde ; lorsqu’on a fait porter le poids de la responsabilité et de la culpabilité sur nos enfants, comment ne pas être traumatisé ? Comment faire comprendre à nos enfants que ce masque n’est plus nécessaire et que la situation n’est plus dangereuse ? Ce virus invisible mais si présent à nos esprits pendant 2 ans aurait-il disparu ? Nos enfants ont intégré le contraire de ce qui est bon pour eux alors que cette situation est totalement anormale.


Aujourd’hui, la pandémie prend fin nous laissant tous avec des séquelles plus ou moins graves. Beaucoup se posent la question du masque : est-ce bien raisonnable de l’enlever ? En dehors de sa fonction de protection contre le virus, ce masque est devenu un rempart pour beaucoup d’adolescents : il permet de cacher une grande partie du visage, des imperfections peut-être mais aussi des émotions. Retirer ce masque peut soulever des interrogations, des peurs face au regard de l’autre et en quelque sorte mettre à nu des fragilités. Ainsi, il me semble souhaitable de veiller à cette transition et d’être disponible afin de détecter quelque anomalie dans leurs comportements et manière d’être.


Entourons nos enfants de toute notre attention et notre amour pour les aider au mieux à se repositionner et retrouver des repères sains. Il existe au besoin des thérapies qui pourront faciliter et réparer des dysfonctionnements. La verbalisation et la gestion des émotions sont certainement primordiales dans ce processus.


Pour continuer sur ce sujet, un podcast de Boris Cyrulnik ici





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